
non-scénario ou
mode d’emploi au tournage
AVANT PROPOS
On est là pour rire
Vivre un truc exceptionnel
Se décaler
Aller dans un endroit qu’on connaît pas
Trouver du bizarre en nous
Aimer très fort quelque chose dans le tournage, n’importe quoi
Trouver de la force de jeu
Trouver de la force collective
Confronter des visions, des univers, des sensibilités, des rapports à l’art et la création
AINSI S’EN VONT LES RUINES
Le cinéma nous vampirise
Les textes sacrés nous vampirisent
Les mythes antiques nous vampirisent
On y a perdu notre peau avant même d’être né.e.
C’est le réservoir des icônes qui nous fâchent.
Parce qu’elle nous parquent dans un état d’adolescence
Une zone où nous n’avons pas la capacité entière d’être libre
Où les modèles impossibles sont des carcans inatteignables
Qui sucent le sang à nos authenticités.
Que faire de ces ruines
Les balayer ? Les cacher ? Les métamorphoser ? Les remplacer ?
Source de nos pires clichés,
nos images d’épinal dépassées,
nos modèles collectifs tout pétés,
Et si la fiction était un champ de bataille à combattre ?!
A l’origine des ruines comme on les pense, ce sont les traces trop profondes laissées par les fictions et les mythes. Ces récits gênants et engluants qui nous empêchent peut être d’être les meilleurs adultes de nous-mêmes, nous souhaitons les troubler. Il s’agit bien ici de délabrer l’état de monument du passé, tout en proposant d’autres référentiels possibles. Nous partons du thème des ruines pour questionner les normes ambiguës.
Dans ce film, qui fait partie d’une recherche plus élargie de la compagnie Celui qui dit qui est en spectacle vivant / écriture / cinéma, on assemble des couches et des strates sur le thème des
Ruines qui s’en vont Yeaaaaahhh
Autant de mouvements ambivalents de
révolution
glaciation
métamorphose
balayage
conservation…
Penser la trace
Performer la trace
Se moquer des icônes
Démonter les emplois* du théâtre qui nous collent à la peau
Rire de nous-même pour trouver son soi adulte bizarre
Celui qui a laissé tomber les posters de fan de nos jeunesses.
Sans faire les saintes
Car il serait malvenu de ne pas
Faire l’aveu de nos aspirations les plus viles, superficielles, vulgaires & enfantines.
PITCH
Sous forme d'écriture de plateau, ce tournage rassemble une vingtaine d'artistes de la danse, du cinéma, du théâtre, du cirque autour du mouvement polyphonique. Au travers de procédés d'improvisations collectives et individuels, le film s'écrit en caméra embarquée au plus près des corps pour mettre en collision les trajectoires personnelles de performeureuses en pleine tentative de métamorphose ; dans un dispositif performatif qui se demande comment se débarrasser des ruines de notre héritage collectif. Au travers d'un rituel de passage de l'âge adolescent à l'âge adulte, s'imagine un ballet de créatures inspirées de nos pires et nos meilleures icônes du cinéma et de la fiction. Un moyen de désenvoûter avec panache et sueur les traces physiques et morales que les mythes nous inculquent. Entre le film de danse, la fiction chorale, l'essai pas fini, ce film expérimental, témoin d'un processus d'autofiction, défend une forme brute et brouillon dont le tournage-laboratoire sous forme d’évément spectacle estompe l'intérêt du rendu. Cette expérience est orchestrée par Cecilia Coquillat Peroni à la réalisation & Loren Coquillat Peroni à l'écriture chorégraphique. Elle s'invente avec la participation en roulement, les gestes, les univers de :
EQUIPE
Charlotte Delcurou, danse (Celui qui dit qui est)
Stefan Veselinović, danse (Celui qui dit qui est)
Matthieu Yuan, cinéma
Daniela Chapou Gomez, cinéma
Christelle Simonin, théâtre
Joan Guilley, théâtre
Pia Bautista, cirque
Valentina Melotti, cirque
Sachernka Anacassis, théâtre
Anouk Agniel, théâtre danse (Celui qui dit qui est)
Théo Brondy, danse cinéma
Lucie Garrigues, théâtre (Celui qui dit qui est)
Léa Helbo, danse
Noé Reboul, théâtre
Myrtille Spery, cinéma
Charbel Ouïess, cinéma
Théo Miralles, cinéma
Noëmie Ede Decugis, théâtre (Celui qui dit qui est)
Marine Micheau, cinéma
Edgar Lafarge, cirque
Andrea Lebourgeois, journalisme sportif
Maxime Crouchez, théâtre
Melissa Vural, théâtre (Celui qui dit qui est)
Seren Özer, cinéma
Julie Duchaussoy, théâtre
Elfi Forey, théâtre (Celui qui dit qui est)
Emma Gautrand, théâtre
Katinka Prach, cinéma
Yohann Villepastour, voix
Direction de la recherche mémoire Isabelle Labrouillère (ENSAV)
Regard ponctuel sur le film Paul Lacoste (ENSAV)
RECHERCHE UNIVERSITAIRE
Ce film en collaboration avec Celui qui dit qui est s’inscrit dans une recherche universitaire Master Recherche Expérimentation à l’ENSAV.
L’axe de recherche c’est le lien entre performance (live art) & cinéma. Le rapprochement de la performance et du cinéma pose évidemment une certaine aberration puisque le médium film enregistre et fige et coupe donc le public de la performance éphémère et unique.
Notions qui m’interessent :
geste/parole publique d’artiste (politique donc)
improvisation / imprévisible
lien particulier avec le public
spontanéité
mise en jeu de l’artiste - un certain danger
mode d’expression iconoclaste
dispositif performatif pour créer un objet non performatif
remise en question de l’objet final au profit du processus
éphémérité
experience collective
trouble réel/fiction
manifeste artistique
Je me demande si le processus de création d’un film peut-il être pensé/prévu comme un acte performatif. Peut-être que plus généralement on peut se demander si tout processus de création ne vaut pas surtout comme acte performatif avant d’être rendu final, objet d’art, pièce à diffuser. L’hypothèse c’est que ce processus vécu, parce qu’il nous métamorphose, serait un acte performatif.
PERFORMANCE
Penser performance comme mode d’expression iconoclaste semble être une bonne référence commune.
Quelques définitions
La performance (live art en anglais) se definit dans une non définition. C’est un genre qui n’en a pas. Elle s’inscrit au creuset ou aux intersections d’autres disciplines artistiques. Elle s’invente dans l’avant-garde artistique du XXème siècle notamment au travers des mouvements européens Futurisme, Constructivisme, Dada, Surréalisme, Bauhaus & groupes américains Black Moutain College, Judson Dance Group, Fluxus dans le champ de l’art confondu du théâtre, de la musique, poésie, peinture, architecture et plus tard le happening. La performance est reconnue technique d’expression artistique à part entière dans les années 70. Il s’agit de formes absolument uniques, produites en dehors de tout contexte scénique conventionnel, avec une démarche de remise en cause radicale des codes établis de la représentation. Elle place l’artiste agissant dans le monde.
La notion de performance au sens de dépassement est toujours éloignée des définitions de cet art, mais elle m’interesse particulièrement pour l’aspect de mise en jeu de l’artiste. Faire quelque chose qu’on n’a pas l’habitude de faire, apprendre à faire quelque chose pour l’occasion, trouver un endroit de dépassement de sa normalité pour trouver un endroit troublant, bizarre, nouveau, haletant me parle.
Performer Performativité
La notion de performativité du langage théorisée par le linguiste J.L. Austin est interessante à citer. A propos du langage qui réalise une action réelle et concrète par le fait de son énonciation. Je trouve qu’elle s’adosse à l’idée que l’imagination peut faire. Comme l’expression le dit : celui qui dit qui est.
Le verbe performer peut aussi désigner la performativité du genre. Théorisé par Judith Butler, ce concept remet en question l'idée que le genre est attribut fixe et bioligique, et donc donnée immuable et innée de l'identité d'une personne. Il s’agit d’un ensemble de comportements et de pratiques qui sont appris et joués de manière performatives. La performativité du genre est donc une mise en scène constante, où les individus agissent et se comportent conformément aux normes et aux attentes d’une construction sociale et culturelle du genre assigné. Cette notion nous invite à remettre en question la fixité du genre et ouvre à de nouvelles représentations possible. Cela résonne plus largement naturellement avec notre thématique de recherche d’émancipation aux rôles, emplois* et influences des stéréotypes ayant inspiré nos constructions identitaires. Comment trouver des outils de fiction pour se décaler des carcans auxquels on croit être assigné.es dans nos modes d’expression personnels ?
FILM & PERFORMANCE IDEES EN VRAC
Inviter du public pendant le tournage
Emprunter les codes d’expression d’un autre art
Tourner le film mais perdre toutes les bobines
Performer le son et doubler l’image au moment de la projection
Faire bruler le film une fois qu’il est vu
Dilapider toutes les images en direct sur instagram en réel
Monter autant de versions du film que de projections
Ne jamais terminer le tournage
Filmer les yeux fermés au hasard
Jouer sur la polémique que le film ne peut pas encore sortir pour cause de censure - en attendant, faire un blog pour parler des personnages et stimuler le mystère
Faire un film horizontal sans hiérarchie
Le processus est l’oeuvre et non le film
Tourner sans connaître le texte sans que personne se connaîsse sans savoir ce qu’on fait
Pas respecter sa partition d’interprète, se rebiffer, prendre en otage la caméra & dire vraiment quelque chose de personnel ou politique
Obliger les producteurs à intégrer cette séquence dans le film projeté à Cannes (ce qui revient à un putsch artistique)
CORPS
La notion de corps, corporel, est capital dans ce film.
Je me demande si il est possible de transpercer la caméra ?
Si le film pourra sentir la sueur ?
Si on pourra entendre vos coeurs battre sous vos costumes ?
Pour cela on écrit avec du mouvement.
Nous sommes en nombre pour pouvoir faire du choeur mais on cherche aussi la petite musique personnelle.
On part du principe que chaque corps sait danser, à sa manière. Il y a des personnes de la danse et du cirque qui ont l’habitude de s’exprimer avec ce médium et il y a toutes les autres qui savent bouger naturellement avec leur être. On a à coeur d’accueillir chaque singularité de corps, de manière de bouger. De la plus virtuose à fragile. Tout nous interesse.
Loren elle sera là pour catalyser et orchestrer le mouvement, la danse.
En attendant pour vous donner envie de danser / bouger :
Lire & relire les manifestes des cinéastes Maria Klonaris & Katerina Thomadaki
Regardez tous les clips de Madonna
Vous pouvez regarder TikTok
Regardez Ricorda ti che e un film comico de César Vayssié
Imaginez une personne ou une personnalité publique et apprenez à vous déplacer comme elle et a adapter son essence en toute circonstance
Regardez l’intro de Climax Gaspar Noé
Regardez Bob foss Sweet charity
Regardez le dvd du spectacle de danse de vos 16 ans
Regardez un jour Pina a demandé de Chantal Akerman
Regardez le Clip de Red Axes de The watkins
Allez voir les pièces Marlène Monteiro Freitas
Allez voir The dog days are over 2.0 de Jan Mertens
Flanez sur le blog-exposition Faune des Mille Plateaux de la Rochelle
S’inspirer des corps déséquilibrés de Isabelle Wenzel :
IMPROVISATION
L’improviation c’est capital dans ce tournage. On sait pas ce que ça va être. On va se faire surprendre. On imagine des conditions pour que ça advienne. C’est merveilleux de se faire surprendre. Ça arrive pas tous les jours. Le fait qu’on soit beaucoup en improvisation évince toute possibilité de prévoir un résultat.
Improviser c’est juxtaposer le présent, l’ensemble de nos expériences, ce qu’on a préparé pour la fiction, ce que les autres ont préparé et des surprises/accidents que peut laisser advenir un geste artistique imprévu.
On pense à certaines inspirations :
Living theatre
Free Jazz
Fluxus
John Cage
Pour orchestrer l’improvisation et rassembler tout le monde, j’ai pensé une thématique simple tirée du volet de recherche Ainsi s’en vont les ruines dans un cadre de jeu simple :
THÈME
RITUEL DE PASSAGE DE L’ÂGE ADOLESCENT À L’ÂGE ADULTE INSPIRÉ DE NOS PIRES & MEILLEURES ICÔNES DE LA FICTION
RITE
Le rite marque le changement de statut social ou sexuel d’un individu. Il se matérialise le plus souvent par une cérémonie ou des épreuves diverses. Il convoque un temps different que d’ordinaire, un instant suspendu. Le rite de passage se distingue du rite initiatique, en cela qu’il marque une étape dans la vie d’un individu tandis que le rite initiatique marque l’incorporation d’un individu dans un groupe social ou religieux. Les rites de passage permettent de lier l’individu à un groupe mais aussi de structurer sa vie en étapes précises, ce qui pourrait lui permettre d’avoir une perception apaisante de sa condition mortelle d’humain. Il s’agit de fictions collectives qui ont pour but d’ordonner la nature. Les rites participent à la symbolisation du monde pour le rendre plus familier d’où leur caractère pacifiant et soulageant.
ADOLESCENCE
Période de la vie entre l’enfance et l’âge adulte. Période où on se cherche. Période où on est fan. Période où on se construit peut-être un visage pour le futur en empruntant des qualités à nos icônes préférées. Période où on est parfois un peu faible parfois en furie. Période où rien n’est défini. Période souvent désagréable. Se voir imposer des choses. Tenter des looks.
ADULTESSE
Avoir enfin accès à la nuit. Porter des panoplies comme des chaussures à talon, une cigarette à la main. Faire tout ce qu’on veut. Pouvoir dépenser notre salaire en bonbons. Être mature et responsable. Devenir une figure inspirante pour les plus jeunes. Se voir imposer des choses en croyant qu’on a le choix. Faire des choix. Essayer de se créer une forme d’identité homogène. Avoir un travail, un chien, des enfants, une voiture & un.e partenaire de vie. Ne plus rêver de devenir la star qui nous faisait rêver. Faire avec ce qu’on a : notre corps, notre esprit, notre bagage. Essayer de ne pas paraître bizarre.
ICÔNES
Icône : Personne qui incarne une communauté, un courant, une mode.
Référence : Chose ou personne qui fait autorité.
Inspiration : Incitation, impulsion d'origine divine ou surnaturelle.
Star : Actrice ou acteur célèbre dont l'image auprès du public est celle d'un être fantasmatique, inaccessible, intouchable, entouré de mystère.
Idole : Personne ou chose intensément admirée et faisant l'objet d'une sorte de vénération.
Figure : Individu marquant, célèbre.
Vedette : Artiste dont le nom figure en tête d'affiche ou de générique.
Modèle : Ce qui est donné pour servir de référence.
INTERVIEW
# Tu te rappelles de toi ado ?
#C’était quel genre d’archétype d’ado ?
#Quels étaient tes modèles, tes inspirations, tes idoles ?
#Aujourd’hui es tu surpris.e de l’adulte que tu es devenu.e ?
#Es-tu l’adulte que tu souhaitais devenir ? Si non, il te manque quoi ?
#Déjà, te sens-tu adulte ?
#Quand as-tu senti que tu le devenais ? Y a-t-il eu un événement qui a symbolisé ce passage ?
#Si tu devais inventer un rituel de passage de l’âge adolescent à l’âge adulte ce serait quoi ?
#Aujourd’hui joues-tu un rôle dans la vie ?
#Au théâtre tu penses que c’est quoi ou serait quoi ton emploi* ?
#Quel nouveau rôle aimerais-tu expérimenter ?
#Quelles sont les icônes qui ont été pour toi des modèles fantasmés d’adultesse quand tu étais ado ?
#Quel regard portes-tu sur ces références ?
#Est-ce que tu as honte de certaines figures qui t’ont inspiré.e plus jeune ?
#Est-ce que le cinéma t’a donné de bons ou de mauvais exemples ?
#Est-ce que le cinéma t’a fait croire des choses ?
#Aujourd’hui, si tu devais imaginer un modèle fictif pour toi ado tu serais qui, tu serais quoi ?
CRÉATURE
En vue du tournage, l’idée est de se créer une créature* qui serait un modèle, une icone d’inspiration fictictionnelle pour vous adolescent.e. Ça peut être votre véritable idole d’adolescence ou bien une que vous auriez aimé avoir. Ça Ça peut être une super icône qui vous aurait inspiré.e ou ça peut être une pire icône qu’on se trimballe comme un fardeau. C’est à vous de choisir cette créature, comme meilleur endroit de plaisir de jeu / désenvoûtement de vieux démons / retrouvailles secrètes.
ESTHÉTIQUE
On part sur une créature avec une silouette de créature. On pense à la notion de métamorphose*. On se décale de soi-même. On trouve une silouette qui nous fait rire, nous plaît, nous horrifie, nous fait être autre. Pour cela on emprunte les chemins DA de Celui qui dit qui est : on hésite pas à faire du mal-fait, du costume un peu pourri ou des créations avec du magnifique tissu mais des pinces à linge et du scotch. Des inspirations crépons de maternelle, du papier mâché, du mauvais goût, un peu camp, un peu baroque. On peut s’inspirer des stars de la chanson qui sont dans les loges à moitié costumé.es. C’est super si le costume n’est pas parfait. Qu’il y a un manque, une fragilité, du brouillon, du naïf. On peut partir sur du fantastique car on aura un fond vert pour faire des beaux montages en arrière plan. On peut aussi se choisir un élément ou deux pas plus, qui nous changent vraiment (de la gomina dans les cheveux avec une fourrure ou des lentilles pour les yeux peuvent faire l’affaire). On hésite pas à m’envoyer des propositions costumes en message privé par whatsapp pour trouver le meilleur des acoutrements. C’est l’occasion de draguer les yeux des collègues pour donner envie de jouer / des spectateurices pour donner envie de se transcender. On oublie pas que l’esthétique c’est politchique. On pense d’après la notion de performativité du genre à performer son identité fictionnelle. On se décale. On se met dans des endroits étranges. On démonte les clichés. On fait un pied de nez aux stéréotypes qui nous hantent. On récupère les pires éléments de panoplie d’idoles gênantes et on les transcende en poétchic.
NIVEAU DE JEU : AUTOFICTION
On est sur un moi fictionnel, une moi bizarre, pas comme d’habitude, qui nous dépasse. Ça c’est au moins pour la créature. On peut dire qu’à cet endroit on est à un niveau de jeu super-artificiel.
En dessous il y a toutes les couches plus simples qui vont jusqu’à vous performer/performeuse en jogging ou fringue de travail. Une figure proche de vous mais qui est quand même faite pour la scène.
Clairement, on est sur de l’autofiction.
Petit rappel, l’autofiction apparait d’abord en littérature. Elle serait un récit d'apparence autobiographique mais faussé par des inexactitudes référentielles. Un croisement entre un récit réel de la vie de l'auteurice et un récit fictif explorant une expérience vécue.
Nous dans tous les cas on se dit qu’au plateau c’est de la fiction. Mais pour vous, vous choisissez dans le secret ce que vous mettez de vous. Je vous invite à baser votre réflexion à partir de votre expérience propre et de déformer à souhait ensuite.
Voici des artistes vivants extra qui usent d’autofiction :
>Sophie Calle
>Samuel Fosso
>Cindy Sherman
>Sophia El Mokhtar
>Nic0l3333
Pour créer de l’autofiction on peut passer par l’écriture en mêlant fiction et journal personnel un peu comme la méthode du metteur en scène Krystian Lupa du monologue intérieur. Lui l’use pour les pièces ecrites, dans l’optique de combler ce qui n’est pas exprimé par l’auteur, grâce à la projection personnelle de l’acteur via l’écriture. On peut en garder le processus d’extension du personnage fictif par du journal perso.
MATÉRIAUX ADDITIONNELS
Si ça vous prend ce jeu d’autofiction, n’hésitez pas à créer un roman photo, un journal, un blog, un reel, un compte insta, un poster, une biographie, une vidéo, un faux documentaire de votre créature. Ou bien de vous en pleine métamorphose de votre créature. Ou bien de vous qui détestez faire cet exercice. Ou bien de tout autre chose sur le thème RITUEL DE PASSAGE DE L’ÂGE ADOLESCENT À L’ÂGE ADULTE INSPIRÉ DE NOS PIRES & MEILLEURES ICÔNES DE LA FICTION. Ces matériaux pourrons être utilisés dans le cadre d’impros tournage ou pour l’écriture du film.
INSPIRATIONS COSTUME
LANGUE
Au plateau il y a vous qui parlez comme vous voulez et les ajouts de couches de déguisé qui vous amènent peu à peu vers votre créature méga-artificielle. La créature elle peut avoir le même langage que vous performeureuse ou bien avoir une tout autre approche de la langue. Vous pouvez être à des registres différents. Vous pouvez parler votre langue maternelle ou une langue que vous métrisez pas. Vous pouvez parler en poésie, en vers, en images, en familier, en dégueulasse, en soutenu, en mélangeant les dialectes. C’est liiiiiibre. On essaye de se dire qu’on utilise des vrais mots mais quon les manie comme on veut. On peut détruire la syntaxe si on a envie. On trouve un endroit de liberté. On est pas obligé de parler non plus.
De mon côté, parce que j’aime le poétchik, je propose toujours comme inspiration :
Paul Claudel pour ses vers magnifiques
Eric Rohmer et ses personnages nian nian & désabusés de la nouvelle vague
Elodie Petit alias Gorge Bataille pour sa poésie qui entaille
La poésie québéquoise contemporaine notamment celle de Maude Veilleux
La langue de Pina Wood
PRÉPA TOURNAGE
Avoir une tenue de performeurse : soi-même scénique ou soi -même pas comme d’hab ou soi-même un peu bizarre ou soi-même au travail
Avoir un costume de créature si créature il y a
Amener une anecdote sur le thème adolescence / rituel de passage / adultesse / modèles & icônes
Amener un poster
Amener un objet fêtiche
Venir avec un geste, un mouvement dansé
Venir avec une chanson qui nous fait trop bouger, qui nous transcende
Venir avec un truc à partager pour le picnic du début
Venir avec un truc à boire dans le sac si vous voulez rester le soir
DES RÔLES A POURVOIR
Si tu n’as pas envie de te penser une créature, il y a d’autres rôles à pourvoir qui peuvent hanter le tournage tout au long de la semaine :
Ange vengeur du cinéma
L’ombre d’une icone
Maquilleur
Traductrice
Le parfait adulte (je pense qu’il y aura un concours tous les jours)
Bodygard du tournage
Script têtue
DISPOSITIF
A la place d’un scénario vous avez ce document.
Tournage à vue à vif. Il n’y a pas de coulisse. Tout est à vue tout le temps. Il y a l’acteurice, lae performeur/se, la créature, le personnage entre-deux. Tout le monde est dans le champ de la caméra : les personnes en jeu, les personnes qui filment, les personnes qui sondent, les personnes qui regardent, le public si il y en a. On floutte les bordures entre réel et plateau. On se fout des conventions.
Le dispositif technique est pensé en amont. C’est toujours fimé à l’épaule, de l’intérieur. Il y a moi qui filme avec une caméra, et il y a à disposition un boitier et un camescope des 90’s qui tournent dans vos mains pour filmer ce que vous voulez et me faire des surprises pour le moment de derusher avant le montage. Il y a un zoom qui prend le son ambiant. Un micro sur perche qui prend du déatail. 2 micro-cravate en bluetooth qui suivent 2 personnes sur toute une séquence. Les rôles techniques tournent. Tout le monde peut tout faire.
Pour l’aspect performatif il faut garder en tête l’unicité de chaque moment. Ce qu’on jouera n’arrivera qu’une fois. Il sera capté ou perdu. Je compte inviter des petits groupes de spectateurices sur 3 ou 4 soirs pour performer une séquence ou montrer sur le champ des rushs pas choisis. Il y a quelque chose qui s’invente avec un direct virtuel de réseau social peut-être, pour pas garder précieuses les images, les bousiller, les dilapider. Il y a quelque chose qui s’invente avec l’écriture et la documentation autour d’une journée de tournage, pour que l’événement s’absente dans le témoignage.
ECRITURE DU FILM
L’écriture du film se fera au montage. C’est surprise avec la matière qui en sortira. C’est surprise avec les surprises que vous m’aurez faites au travers de vos enregistrements pendant le tournage & éventuellement grâce à vos matériaux additionnels de créature.
L’intention générale du film est déjà choisie, mais pas le contenu. C’est moi qui vais faire le montage même si je suis pas monteuse. Le plus difficile ce sera d’abandonner de la matière. Le résultat sera frustrant c’est certain. Peut-être que je trouverai un moyen de faire vivre les ruines qui restent sous une autre forme : un blog, une série, un cabaret de rushs...
GENRE
Pour le genre, on surfe sur la lisière entre le réel et la fiction. Ça peut être une forme documentaire fictionnée ou une fiction avec des principes documentaires. Le mot docufiction - même si en général il est utilisé pour désigner les téléfilms basés sur la reconstitution d'un évènement réel, mêlant documents d'archives et trame romanesque - me semble bien définir l’endroit où on sera.
Parce qu’on est dans un processus singulier qui met en réflexion la pratique, on peut friser une forme de réflexivité* possible, mais on n’appuie pas dessus, pour pas que ça devienne méta*... parce qu’on en bouffe beaucoup trop et que ça permet un peu trop facilement de résoudre en disant “tout ça n’était qu’un rêve !”.
RÈGLES DU JEU POUR LE TOURNAGE
Chaque demie journée se verra affublée d’un encadrement d’improvisation très clair formulé par Loren & moi. Dans ce cadre rassurant vous êtes donc invité.es à :
Désobéir
Trouver un endroit qui vous fait vibrer
Prendre cet espace comme expression libre publique
Penser le tournage comme espace de reflexion critique
Se régaler
Pas se faire mal / se mettre mal
Pas se comparer aux autres
Copier pour faire choeur
Se piquer les rôles
Se prêter les rôles
Pas respecter les conventions du cinéma et du théâtre
On jette les automatismes du film :
Bien présenter
Bien parler
Etre beau belle en faisant semblant de pas avoir ce besoin
On préfère :
Regarder la caméra le plus possible
Faire des faux raccords
Être certain.e que vous êtes belleux en toute circonstance
Faire du mauvais doublage avec des bouches aproximatives
Se remaquiller dans le vitre de la caméra
Trouver un endroit nouveau pour vous
Trouver votre endroit de bizarre
Cecilia
* Emploi : catégorie de rôles dont on conseillère qu’ils peuvent être interprétés par le même type de comédiens, sur des critères d’apparence physique, de voix, de tempérament, de sensibilité.
>Ressources Performance Centre Pompidou
>Conférence Brève histoire de la performance par Yann Chateigné
>Livre La performance du futurisme à nos jours Roselee Goldberg
>Extrait de Quand dire c’est faire J. L. Austin
>Livre Trouble dans le genre Judith Butler
>Films créés sur un processus performatif
UnFilmÉvènement César Vayssié
Processus d’écriture plateau
La Commune Peter Watkins
Construction collective - amateurices - réfléxivité
Les mille et une nuits Miguel Gomes
Mélange docu actualités à scénario évolutif
Out, nogli me tangere Jacques Rivette
Basé sur de l’improvisation d’un. groupe de comédien.nes
Maso & Miso vont en bâteau Les Insoumuses
Film collectif - mélange de supports - réinterprérpréter émission politique
Car le sens du corps est violent
Car mon corps est danger de vie et de mort
Car mon corps est de femme/sujet
Car mes images naissent de tous les corps de mon corps Car mes images sont identité illimitée
Car mes images sont du sang manifeste
Car faire exister mes images c'est faire exister ma révolte Car mon corps n'est toujours pas libre
Car je ne suis pas libre et mon corps est enragé
Car ma révolte ne s'arrête plus
Car ma création est désir de rupture sauvage avec les codes imposés Car mes éclats visuels sont désir de désordre
Car mes rituels silencieux sont cri intérieur
Car mon feu de cristal
veux-tu changer réellement
est-il bon de changer
est-ce que la façon dont on vit
a de l’importance
qu’est-ce qui se passe au théâtre
vas-tu au théâtre pour y découvrir la vie
est-il plus facile d’observer la vie au théâtre ou dans la rue
as-tu rencontré la joie au théâtre
as-tu rencontré la joie dans la rue
qu’est-ce qui te fait plaisir
as-tu été l’objet de sensations sensuelles
au théâtre
vas-tu au théâtre pour te stimuler sexuellement
vas-tu au théâtre pour te stimuler intellectuellement
vas-tu au théâtre pour déchiffrer le déroulement de l’action
vas-tu au théâtre parce que tu pourrais y trouver la vérité pourquoi ai-je choisi de faire un théâtre
qui dérange plutôt qu’un théâtre agréable alors que j’aime faire plaisir aux gens
avons-nous le temps de nous poser toutes ces questions
Julian Beck & Judith Malina
Living theatre
Living theatre
>Des films qui pensent le rituel par le resenti intérieur
Abortion party Julia Mellen
La communion de ma cousine Andréa Brandán Cerviño Abeledo
>Des films sur l’âge adolescent
Cassandra et Spartacus Ioanis Nuguet
La cour de Babel Julie Bertuccelli
Premières solitudes Claire Simon
L’Île aux trésors Guillaume Braque
Les splendides Meryem-Bahia Arfaoui
Loquilla Mia Claudia Estrada Tarasco
Bande de filles Celine Sciamma
Les rêves dansants sur les pas de Pina Bausch Anne Linceul & Rainer Hoffman
Ma cité au féminin Johanna Bedeau
Pauline s’arrache Emilie Brisavoine
Akaboum Manon Vila
Toto et ses soeurs Alexander Nanau
Mercuriales Virgil Vernier
Jungle Louise Mootz
Lutte jeunesse Thierry de Peretti
Olympiades Jacques Audiard
Clichy pour l’exemple Alice Diop
Amours solitaires Juliette Ambil, Xavier Reim, Louise Condemi
Zabriskie Point Michelangelo Antonioni
Nos îles Aliha Thalien
Les Garçons sauvages Bertrand Mandico
Mektoub my love canto uno Abdelatif Kechiche
Les démons de Dorothy Alexis Langlois
Freaky Friday dans la peau de ma mère Mark Waters Les petites marguerites Věra Chytilová
A nos amours Maurice Pialat
Gummo Harmony Korine
Trois souvenirs de ma jeunesse Arnaud Desplechin
*Créature : Être qui a été créé, tiré du néant. Opposé à créateur.
*Métamorphose : Changement de forme, de nature ou de structure si importante que l'être ou la chose qui en est l'objet n'est plus reconnaissable
Rihanna
Cindy Sherman
David Bowie
Eve
Celui qui dit qui est
Samuel Fosso
Barbie
Pierre & Gilles
Lucie
Madonna
Marie la madonne
Déva Prima Pandora
Léda Papaconstantinou
Abby
Serguei Paradjanov
Habibitch
Kill Bill
Kurt Cobain
Spice girls
La langue bâtarde est le fruit névrosé de l’accouplement d’une langue littéraire ténue avec un langage de rue, un argot rural, une langue de trottoir, un dialogue vide de repas de famille.
Elle est vulgaire dans le sens où elle ne se soucie pas de sa réception, elle est.
Elle parle trop fort, elle ne s’arrime pas là où il faut, elle se contrefout des règles.
Elle s’invente au fur et à mesure qu’elle raconte.
Elle râpe.
Elle écorche.
Sa poésie naît du trouble, du mélange, du choc.
Elle met en lumière les disfonctionnements sociétales d’une langue normée, autoritaire, institutionnelle.
Elle est le diable.
Elle est incorrecte.
Elle n’est pas là pour plaire aux hommes, à la bonne société, aux bien éduqués, aux lettres françaises, à la rentrée littéraire.
Elodie Petit
Extrait Manifeste de la langue bâtarde
Extrait Manifeste de la langue bâtarde
>Films entre docu & fiction :
Akaboum Manon Vila
Les filles d’Olfa Kaouther Ben Hania
Maman déchire Emilie Brisavoine
Lions Love (and lies…) Agnès Varda
Disneyland mon vieux pays natal Arnaud des Pallières
UnFilmEvenement César Vayssié
Les chats persans Bahman Ghobadi
*Réfléxivité & métafiction : La réflexivité indique aux spectatrices et spectateurs la conscience de son artificialité. La métafiction désigne les films qui parlent, explicitement ou non, de la fiction.
Partenaires : ENSAV, Lieu NeufNeuf