Ainsi s’en vont les ruines

MétamorpheMania

Tentative de performer un film sur hacking de spectacle vivant

Recherche menée par Cecilia Coquillat Peroni dans le cadre du
Master REX recherche·expérimentation
à l’Ecole nationale supérieure d’audiovisuelle de Toulouse



Fuir la réalité, l’absoudre en la truquant.
Endiguer la pourriture en construisant des expériences dont nous choisissons les règles.
Dans mon monde il y aura des déguisements de couleur, des phrases en forme d’image, des gens à l’abri qui peuvent faire n’importe quoi ou plutôt des trucs pour rien où on se sentira vivre protégé.es de la violence.
Ça ressemble un peu à un conte mais en fait c’est une cachette.
Des souterrains pour vivre le plus de moments de vie sous une autre égide.
C’est éviter peut-être tristesse, peine, deuil, peur, menace, incompréhension, vide, chantage.

Là je m’interesse au cinéma comme pratique, geste artistique, évenement du commun plutôt que création narrative. Pour penser cela je m’interesse à des objets film qui ont détourné les règles.

L’art étant devenu industrie, il y a des manuels de fabrications. Des objets de très belle facture en sortent, pourtant ça cadrille tout en règle. Comme c’est déjà intégralement le cas dans le monde de tous les jours que je connais (sauf la Corse, la fête et certaines conversations à l’abri de tous les regards). 

Pour trouver du cinéma qui s’écarte je pense performance, art performatif. 

Penser une métamorphose à la place de l’oeuvre
Vandaliser de la notion d’auteure
Transcoder à l’infini d’une performance de départ
Penser un processus qui n’a pas de fin
Un rendu qui change de visage
Qui échappe à l’intention
Qui est sacagé copié déshérité
Penser un film sans savoir ce qu’il en sortira
En espérant qu’il deviendra tout sauf lui même
Simplement une oeuvre en chemin 



Je travaille sur les liens entre performance et cinéma. En quoi le processus de création d’un film peut être pensé comme un geste performatif. Est-ce que le film peut avoir une autre forme ou but que l’objet final. Comment troquer  cette notion d’oeuvre finale pour une conception plus vivante, spontanée, évolutive. Perdre le film au fur et à mesure qu’on le fait. Dealer le rendu contre une expérience de métamorphose des participant.es / du public / de l’auteurice. Comment le parcours d’une oeuvre échappe au projet de départ. Comment il est traduit, détourné, pillé, décommandé. Comment rendre compte à un public ce parcours sans être dans un récit rapporté d’archive, mais une forme indéfinissable transdisciplinaire et évolutaive, renaissant de ses propres cendres er envoûtante malgré tout ? Peut-on parler alors de “film” ? Pourquoi pas une trajectoire performative oscillant entre cinéma, scénique, blog web et expérience collective. J’ai mené une semaine de tournage avec des artistes de Celui qui dit qui est & des artistes invité.es de la danse, du cirque, du théâtre, du ciné. C’était début mars dans la petite salle du Lieu NeufNeuf (ex Ring-périphérique) que l’on connait bien.  J’aborde un processus de création instantannée guidée pour penser les ruines de notre imaginaire collectif, en proposant à chaque artiste d’amener sa meilleure ou pire icone du cinéma pour créer un rituel de passage de l’âge adolescent à l’âge adulte. L’âge où les illusions qui nous bercent sont peut-être des poubelles à jeter ou transfigurer. Comme je dois écrire le mémoire universaitaire et que c’est pas assez créatif, j’ai trouvé le jeu d’en faire un blog. Ca me semble davantage correspondre à l’écologie d’influences dont le travail est issu ainsi que les idées qui s’ébauchent et se répondent sous forme de constellation. Ainsi avec de simples clics on peut entrer dans une nouvelle idée. Faire un va et viens en accordéon ou vortex. Avec des articles qui mettent à jour, qui suivent la progression, le chemin.







Performeureuses :
Charlotte Delcurou
Stefan Veselinović
Christelle Simonin
Joan Guilley
Pia Bautista
Valentina Melotti
Théo Brondy
Lucie Garrigues
Léa Helbo
Myrtille Spery
Théo Miralles
Marine Micheau
Ed Lafarge
Maxime Crouchez
Katinka Prach
Elfi Forey
Loren Coquillat Peroni

Avec la collab voix de :
Matthieu Yuan
Lola-Ly Canac
Yohann Villepastour





Tournage / Panorama semaine 1 / Lieu NeufNeuf / 2 au 6 mars 2026



L’objet du temps que nous passons entre 4 murs blancs, 6 caméras, 12 projecteurs & 2 kits de youtubeuse est d’établir la rencontre plateau entre des artistes qui ne se connaissent pas. Nous faisons du choeur club med, des farandoles et des défilés.

Toustes ont ramené un costume de créature = sa star d’adolescence mal copiée. Je présente l’idole sans tête, statuette religieuse en pierre étêtée trouvée dans ma rue quelques jours plus tôt.

La caméra s’introduit peu à peu, elle n’est pas automatique. Je ne veux pas qu’elle le soit.

S’invente une fabrique au visage d’une résidence d’écriture plateau gavée de rires et joli geste, avec le plaisir de savoir qu’on fait ça qu’une fois, sans lendemain, sans les 2 années de prod derrière qui rendent la création imbuvable.

Les camescopes passent de main en main et chacune sort son phone pour la ronde en selfie. On aura comme ça autant de parcours filmés que de chemin de danse. L’addition de toutes les visions pourra-t-elle faire un film omniscient ?

Le jeudi c’est l’anniversaire de Loren. Le lundi pendant son absence on se transforme toustes en héroïnes de Un, Dos, Tres et on répète la danse d’adolescence préférée de Loren. C’est le boléro de Bébéjart. C’était son rêve d’être la danseuse Sylvie. Alors Charlotte elle fait la prof Sylvie et on répète le ballet. On mêle nos autofictions pour créer une surprise filmée par ma mère avec un camescope dans les gradins.

On termine par un plan séquence réglée comme une chorégraphie. Joan vole pour un point de vue zenital, Valentina fait pied de caméra en équi, Pia scotche un téléphone sous son pied, Ed & Chris courrent en hors champ pour ajouter des couches de costume.

Naîssent des images crousti crousti. 

On invite des proches pour donner un regard. Pour que certains moment qui existent qu’une fois aient des témoins extérieurs.

Le principe de performance est cependant un peu en dérive. C’est un peu trop du spectacle vivant filmé. Ça manque un peu de racines profondes. Je deale avec ce besoin de renouer vite avec les enjeux de mon expérimentation et le thème de fond : sacager un certain héritage cinématographique odieux.

Parce que je cherche le convivial et le collectif, le terrain n’est pas propice à la désobéissance. Les artistes qui sont là ont un génial terrible esprit collectif. Pas de solistes. C’est si bon, on souffle. Mais mon intention est beaucoup trop respectée. 

Lucie est venue faire un putsch, une proposition bien à elle. C’est un geste à encourager.














Pensée post tournage / mars 2026


J’isole des photogrammes.
J’extrais avec gourmandise images stars.
Je commence un montage très très rapide.
Une sorte de séquence épilepsie.
Je la laisse en dérive.

Je pense à ce blog.
Je pense au récit d’un événement.
A l’interractivité entre les membres qui l’ont vécu, ceux qui voulaient être présents et qui n’y étaient pas, ceux qui ont entendu des échos. Ceux qui ont vu des images.







Montage 1 / avril 2026


Une séance de projection est prévue dans ma chambre.
C’est un prétexte pour donner de nouvelles règles du jeu. 
Chaque projection aura son propre montage.
Comme une mise à jour de l’instant.
Pour coller avec les vagues du monde du moment.
Là c’est en plein chamboulement géopolitique.
C’est dans un moment de violence mondiale inouïe.
R à voir avec les idoles d’adolescence qui nous pêtent le crane.





Projet de suite 


Laisser à l’abandon cette oeuvre
Faire qu’elle dure toute la vie 
Faire qu’on en puisse plus 
Faire qu’elle échappe comme un mème à toute petite échelle 
La faire rejouer à un groupe amateur à la Villa Medicis dans une autre langue 
Placarder des photogrammes dans les endroits blancs très laids de notre monde aseptisé qui s’est pas dit que ça serait mieux de confier la déco de la salle de Pôle emploi ou de l’hopital à des artistes pour que les gens soient moins tristes.


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